La Revue Poétique :

Archive pour la catégorie ‘Paul-Jean Toulet’

Extraits des « Coples »

Dans Paul-Jean Toulet le juillet 31, 2010 à 3:49

II

4

Quoi, c’est vrai, tu m’aimas, qui de moi fus aimée ?
Amour, divine flamme ; amour, triste fumée…

5

Scarabée amoureux, qu’un enivrant délice,
Et la rose brûlée aux feux de Messidor,
Captivent, tu n’es pas, ni dans cette ombre d’or,
Le premier qu’on ait vu mourir d’un beau calice.

7

Hélas, rien ne varie ; et quoi qu’on ait coutume
D’en dire, tout est comme à son commencement.
Les fruits n’ont pas changé d’odeur, ni mêmement
Les femmes de mensonge, ou Thétis d’amertume.

12

Bénarès, dont le nom est rempli de parfums,
Je n’ai vu, sur tes bords, fumer que trois défunts.

15

Boy, une pipe encor. Douce m’en soit l’aubaine
Et l’or aérien où s’étouffent les pas
Du sommeil. Mais non, reste, ô boy : n’entends-tu pas
Le dieu muet qui heurte à la porte d’ébène ?

20

La dure alcôve au bénarès est parfumée,
À s’y pourrir le cœur. Venez, ô bien-aimée.

28

Toi qu’arment les pavots de leur sombre vertu,
Karahissar, Karahissar, que me veux-tu ?

33

— Tout ce réseau, cette ombre, invisible séjour
D’un amour que trahit ton sourire et ta robe
Nous cache… — Mainte fleur au regard se dérobe,
Ami. — Plus d’un corail rougit au loin du jour.

40

— Agnès, pleurer ? Dit Charle. Oui, quand à Marly mouille
Ra la pluie. Il faudrait… — Boire ! dit la Trémoïlle.

50

De faire amant ensemble, ah, c’est un doux barème :
La fille couche avec, et la mère les aime.

51

Le Mardi gras, ni toi, ni moi, nous n’étions gais.
Des carreaux où du ciel le jour semblait descendre
Sur notre âme, on eût dit qu’il pleuvait de la cendre :
— Ah, ah ! t’écriais-tu parfois en portugais.

55

Tu as beau me parler de vieillesse, ah, que n’ai-je
Pareil déclin. Mais toi, dessous tes cheveux blancs,
On dirait, à ton cœur grave et tes gestes lents,
D’un roseau qui s’incline, où pèse un peu de neige.

59

Cette fraîcheur du soir, qu’on dirait que tamise
Une émeraude, a fait se joindre tes genoux,
Et tu sembles moins nue ainsi. Mais, entre nous,
Ton mari te dirait : « Comme vous voilà mise. »

66

Deux vrais amis vivaient au Monomotapa
… Jusqu’au jour où l’un vint voir l’autre, et le tapa.

75

Vieillesse, lendemain d’amour, tristes ébats…
Sur les carreaux d’azur rampait la fleur du givre.
Un Arlequin caduc pleure. Est-il las de vivre ?
Va, nous dormirons tous. Mais les lits, c’est plus bas.

89

Ne cherche pas l’amour en dehors de soi-même.
L’infini se mesure à son seul infini,
Et la métaphysique en sait moins que Nini
Quand au frisson du myrte elle répond : je t’aime.

98

J’ai connu dans Séville, une enfant brune et tendre
Nous n’eûmes aucun mal, hélas ! à nous entendre.

109

Si vivre est un devoir, quand je l’aurai bâclé,
Que mon linceul au moins me serve de mystère.
Il faut savoir mourir, Faustine, et puis se taire :
Mourir comme Gilbert en avalant sa clé.

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