La Revue Poétique :

Archive pour la catégorie ‘Louis Aragon.’

Un revirement de la politique est possible en France.

Dans Louis Aragon. le juillet 1, 2010 à 6:50

O fronts où faussement la sagesse des rides
N’inscrit que le banal rendez-vous du tombeau
Sourcils levés crânes hochants cervelles vides
Le néon dans la nuit trace des mots stupides
Et l’enfer a le pas moutonnier du troupeau

Que pouvez-vous comprendre à ce que l’on vous chante
Bouchés à l’émeri de l’oreille et des yeux
Beaux enfants machinaux de la pensée courante
Vous pour qui le soleil tombe comme des rentes
Et que n’étonne rien ni la couleur des cieux

Vous passez sans les voir au milieu des mystères
Comme le pied du somnambule au bleu des toits
Ou comme Assuérus entre les bras d’Esther
A cent lieues de savoir qu’elle s’obstine à taire
Un peuple ensanglanté dans la couche du roi

Je peux m’exténuer sur le peigne magique
Des harpes que pour moi font les malheurs du temps
Je peux souffler sur vous les tempêtes lyriques
Et déchirer mon cœur qu’en sorte la musique
Le cygne meurt canard dans vos cafés-chantants

J’ai fait pour vous des vers comme des escarbilles
Vous n’avez pas cligné vos paupières de plomb
Ni tourné vers le feu parallèle vos billes
Les étoiles pour vous c’est de la camomille
La gifle de lueurs mourait à reculons

Une absence de l’âme a peint votre figure
Gens de confection sourires mannequins
Que faut-il pour qu’un jour au fond des devantures
Quelque chose du ciel en vos yeux s’aventure
Exorcisant vos cœurs de leur démon mesquin

Pour qu’un jour oublieux des gestes automates
Vous redécouvriez la bonté de vos mains
Et vos doigts fatigués de nouer des cravates
Se sachant ouvriers de ce que vous aimâtes
Se halent à nouveau dans les juillets humains

Pour qu’un jour chaque chose ait à nouveau sa place
Pour qu’un jour chaque enfant ait son lot dévolu
Que la mort ne soit plus ton reflet dans la glace
Et puissent les amants lorsqu’ils se désenlacent
Tendrement repenser à ceux qui ne sont plus

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