La Revue Poétique :

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Extrait du « Chant du cygne »

Dans Alice de Chambrier le juillet 20, 2010 à 1:46

Il faut que l’ange triste eût du bout de son aile

Déjà mis sur leur front ses présages vainqueurs,

Que le premier signal de sa voix solennelle

Fût déjà parvenu jusqu’au fond de leurs cœurs;

Qu’ils eussent pressenti la tombe inévitable

Ouvrant son antre noir pour le clore sur eux,

Sans pouvoir retenir en son sein redoutable

L’âme, faite pour l’air et les espaces bleus.

Il faut que leurs regards, à ce moment austère,

Eussent connu déjà l’avenir éternel,

Que leur âme déjà fût bien loin de la terre,

Égarée au milieu des inconnus du ciel.

Mais bien d’autres, hélas! ont disparu dans l’ombre,

Enfermant avec eux dans leur tombeau glacé

Leurs espoirs, leurs désirs, leur passé clair ou sombre,

Tout ce qu’ils ont souffert, tout ce qu’ils ont pensé.

De ces âmes la terre était peut-être indigne,

Et leur luth trop suave et trop harmonieux,

Ne pouvant ici-bas dire son chant du cygne,

Est allé quelque jour le chanter dans les cieux.

Mystère impénétrable à la douleur profonde!

L’être créé ne touche à la perfection

Qu’à l’heure sainte et grande où les choses du monde

Devant celles du ciel éteignent leur rayon.

C’est alors seulement qu’il peut ouvrir son âme

En torrents d’harmonie et de divins accents,

Et la répandre, ainsi qu’une céleste flamme,

Sur un autel où brûle un précieux encens.

Moonywolf

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