La Revue Poétique :

Archive pour la catégorie ‘Poèmes en prose.’

De l’ardeur poétique.

Dans Dinah le août 13, 2010 à 2:04

Cascades d'Elakala (Virginie de l'ouest)

Entre deux temps, il coule au fond de ce moi, le fleuve poétique. Entre deux espaces, scindés de réel, il prend place en jets discontinus et fluctuants d’ardeurs de la passion qui sévit dans l’âme et blâme ses détracteurs.

Toute lyrique et mélomane, les mots se hissent sur mes horizons en brouillard épais, humide et chaud qui survole mes vallées, puis pleure en moi.

Il pleuvasse là-bas…

Le monde se rétrécit à ton visage sublime, exaltant le plus beau des parfums, exacerbé par la beauté du monde et miroitant les quintessences des abîmes qui m’engagent dans l’amour de Verbe.

Je l’enlace, cherche à le fuir quelque part dans les prairies des souvenirs, des nuances,  celles des substances féeriques…

Ô Poésie, euphoriques instants dépossédant, désagrégeant, effritant mon être de ce qu’il croit être et le promenant dans les jungles des vivants…

Entre deux temps, l’être se contracte, se savoure et s’enroule en feuilles volantes données à contre-cœur aux voyeurs de son bonheur.

Poésie, Poésie, ô Poésie, …me convertissant à tes délices, je ne déclame parfois qu’en Tantale désemparé par son supplice…

Bébé de personne.

Dans Bernard Lherbier le août 12, 2010 à 2:15

M’étendre un jour dans un buisson de murmures,

Nimber mon corps d’odeurs amicales

Et me déplier lentement

Comme on déplie un oiseau inconscient ;

Me ligoter sans violence

Dans les rets soyeux d’un regard,

M’envelopper dans les langes d’un silence

De muqueuse apaisée,

Me réduire en poudre entre pouce et index

Dans le mouvement tournant d’une caresse

Antédiluvienne revenue pour moi du fond des âges ;

Me déposer un jour dans un berceau empli

D’une brassée des camélias de mon enfance,

M’engluer dans le sirop du plus beau de mes étés,

M’en retourner enfin au pays des cerises,

Des gras cochons et du vin chaud,

Pour m’y abandonner tout nu

sous une lune souriante

Comme le bébé de personne.

Le plus beau des crépuscules.

Dans Dinah le août 10, 2010 à 3:08

Le crépuscule colore votre corps de reflets d’or, en sublime la gestuelle, en recrée même les contours et remet à rebours l’horloge du temps. C’est excellent, il vous rend le chef-d’œuvre inédit de tous les couchers du soleil auxquels j’ai assisté.

Marchant sur l’asphalte en citadin immaculé, vêtu à la mode et cousu d’envies promptes de l’élégant célibataire, en même temps, vos pieds effleurent le sable de la plage d’Ibiza…

Je vous rêve Madame, ma tête s’endort sur l’une de vos épaules, mes mains glissent sur la taille et prennent place sur le bas du dos. J’en frémis et supplie les passants de ne point prêter attention aux rêveries d’un homme comblé de vos charmes.

La nature en lavandière habile habille mes désirs de violet ; le temps est celui de l’amour mélancolique dodeliné par les tourbillons des refrains idylliques…

Je vous prie Madame, chère âme vue à l’instant sur les rivages poétiques de l’écriture, de me porter secours et de me délivrer de vous.

Je fissure le silence amalgamant Amour et Mort. Loin d’être Roméo ou Nécrophile, je tends la main pour toucher vos seins où mon sang coulait à peine, il y a quelques instants.

En peine, j’atteins le cahier et y griffonne quelques mots mystiques avant de ressentir la torpeur du réel, de goûter sa lenteur et d’apercevoir furtivement Psyché quittant hâtivement le restant de mes veines.

Stolbova Maria

Vers d’eau/vert d’eau.

Dans Dinah le août 5, 2010 à 12:09

Adamite

Ensevelie aux plis des vagues des mélodies de Song of Ocarina, le cœur palpitant, les mains moites et les yeux rivés sur ton visage enchanteur; ils escaladent les pentes du merveilleux.

Je suis toute mélodie, toute ouïe, accrochée en coccinelle de printemps au bord de la fenêtre ouverte de l’imaginaire.

En poésie, je rythme les jours et fraye des voies sublimes. Là voilà, sa voix divine promène mon étant au creux de son être. Je suis aux anges, suspendue dans l’horizon en poussière étincelante magique sortant de la baguette de fée. La brume que je suis devenue enveloppe le tout puis elle s’éparpille en fine couche d’émeraude sur le monde.

Chère bien-aimée, Poésie pleine de grâces, l’apanage d’Orphée, viens en modernes Muses à moi. Je ne sais plus quoi écrire, le verbe joue de mes notes et arrange autrement le solfège de mon devenir (dé)poussiéreux.

En avenir à venir, les lignes fermentent déjà dans mes labyrinthes et se projettent sur la feuille blanche droguée de leur beauté.

Quand la Poésie me dévore, une lumière de phare unique jaillit de nulle part et remémore en musique dense ma vie, telle une nécrologie émouvante, orchestrée et répétée du vivant.

Je suis le chant qui transgresse tes jours, une voix survenant des abîmes de l’univers, rien qu’un frémissement d’une lointaine fontaine de jouvence…

Au mitan de ta vie.

Dans Bernard Lherbier le juillet 30, 2010 à 3:36

Leprikhan

Au mitan de ta vie

il y a tous ces bruits nouveaux

en toi

cette rumeur de forêt

dépeignée

ton oreille est si fine

tu entends les clameurs de l’usine

Fabuleuse machine

en toi

Au mitan de ta vie

il y a l’ouvrier exemplaire

il y a l’axe et le balancier

il y a la barre et le piston

il y a la force le geste parfait

l’amour du travail bien fait

l’outil bien affûté

en toi

Au mitan de ta vie

il y a le démiurge

la salopette immaculée

de l’ange funambule

le clin d’œil complice

de chaque dieu du Panthéon

en toi

Au mitan de ta vie

il y a  le grouillot distrait

happé par la machine

l’insecte gobé

l’unique grain de sable recraché

en toi

Au mitan de ta vie

il y a le coup de clairon

la guerre déclarée

entre le grain de sable

et la machine

en toi

mais tu ne l’entends pas

ce n’est qu’un fait divers

tu ne lis pas les journaux

au mitan de ta vie

tu as bien mieux à faire

dans tes hauts fourneaux

tu brûles ciel et terre…

Cobra Khan

Ne m’enlevez pas les mots :

Dans Bernard Lherbier le juillet 28, 2010 à 1:42

fotolia

Ne m’enlevez pas les mots,

ne m’enlevez pas mes compagnons de toute éternité,

mes compères, mes complices, mes frères les mots.

Ne m’enlevez pas l’adjectif,

ne m’enlevez pas l’adverbe,

ne m’enlevez pas le verbe.

Prenez de moi tout ce qu’il vous plaira :

mon maigre bien, ce qu’il me reste de temps,

prenez ma vie, prenez mon sang,

mais laissez-moi les mots.

Qu’en feriez-vous du reste ?

Regardez-les, ils sont pareils à moi,

pareillement superfétatoires ;

ils ne vous serviraient à rien,

ce sont des animaux de compagnie d’un autre temps,

d’une autre époque, qui n’est pas vôtre.

Rêveurs mélancoliques,

le cœur alourdi de chimères,

semblables à des fleurs qui s’étiolent,

qu’en feriez-vous, vous les vampires

avides d’un sens nouveau

qui crachez sur les livres et les vieilles morales ?

Il n’y a rien ici qui puisse vous contenter,

rien qui puisse vous rassasier ;

il n’y a qu’un roi sans couronne

et  la tribu grelottante des mots,

à ses pieds.

Ne me prenez pas mes mots,

tuez-moi plutôt.

LittleRedRidingHoody

Entre nous

Dans Bernard Lherbier le juillet 20, 2010 à 2:23

Entre nous

Un siècle de brumes

Des hommes et des bêtes

Une mer d’amertume

Tout l’horizon gâché

Des villes résignées

Où passent deux silhouettes

De papier mâché

Entre nous

Des feux mal éteints

Des guerres larvées

Des cadavres fardés comme des catins

Le sang dont on est quitte

Les armes impatientes

Comme un fou qui s’agite

Le caillou sur la pente

Des mots qui attendent

Qu’un ressort se détende

Les mains ne trouvant plus leur compte

De caresses coupées ras les doigts

La tendresse que l’on se doit

Et que l’on a scalpé le cri qui fuse

Ce que l’on se refuse

Dans la prison trop fière

Où brasser l’étoupe du néant

Et tout ce vent bouffé

On aura tout cassé

Et tous les comptes faits

Le passé concassé

Ravalons nos insultes

Et ce drôle de rire

Et ce qui en résulte

Vocation de vampire

A siroter son sang

A roter ses défaites

Aux condamnés absents

On dévisse sa tête

Entre nous plus rien

Plus rien que nous

Rien que nous et la nuit

Entre nous et la nuit

Entre la nuit et nous

Comme un lien qui se noue

Comme un lien entre nous

Qui malgré nous se noue

Se noue et nous unit.

Tes petites boîtes

Dans Bernard Lherbier le juillet 20, 2010 à 2:22

Si tes petites boîtes

Pouvaient me raconter

Tout ce qui se passe

Dans le petit espace

Sis entre leurs parois,

Elles me feraient peut-être

Des confidences moites,

Elles me diraient peut-être

Ton récent désarroi,

Ton chagrin de la veille,

Le rendez-vous raté

Et le billet froissé,

Et la boucle d’oreille

De colère jetée,

Et le bijou futile

Qui te faisait plus belle

Pour plaire à ce débile

Egoïste et cruel…

Mais tes petites boîtes

Sont beaucoup trop pudiques,

Elles se tiennent coites,

Elles restent mutiques

Et elles se referment,

Et me laissent frustré,

Mal dans mon épiderme,

Et je me sens salaud,

Ce rendez-vous foiré,

Ta joie tombée à l’eau,

Le mensonge grossier

- T’es un bel enfoiré ! -

La triste vérité :

Autres jambes écartées ;

Et pour n’y plus penser,

Pour se faire pardonner,

Le cadeau bien ballot :

Une boîte à pilules.

“Pour toi, ma libellule »

Le gant de crin

Dans Bernard Lherbier le juillet 20, 2010 à 2:19

Bing

Quand je me sens trop étroit, rétréci, aminci, capillaire,

c’est chez toi que je vais m’élargir.

Quand je me sens vaincu, écrasé, enfoncé, laminé,

c’est chez toi que je vais m’affermir.

Je te vois de loin : tu te tiens dans la maison de verre du Juste,

des papillons habitent dans ta barbe,

je peux compter toutes tes rides dont chacune est un sillon d’allégresse

quand chacun de tes mots est un moment d’amour.

Et tu me tends ton gant de crin prosodique afin que je me décrasse l’âme,

qu’elle brille comme un sou neuf,

que je sois présentable

à la Fête du Vivre,

où, incontestable Président de la République Panthéiste,

tu trônes, vieux Walt Withman.

Sad paradise.

Dans Bernard Lherbier le juillet 20, 2010 à 1:35

Hubert Robert

C’est une ville

pareille à un asile

où de vieilles peaux toquées,

lourdes de névrose friquée,

s’occupent à caqueter

dans une ambiance ouatée.

C’est une ville

pareille au campanile

cachant une cloche fêlée.

Les palais sont des cages,

on ne peut plus s’en aller,

dans l’opulence englué.

Agonie sur la plage

où des tonnes de fesses

exsudent leur détresse.

C’est une ville

pareille à un exil.

L’ennui est un artiste

de style expressionniste,

rides et vergetures

nourrissent sa peinture.

Quelques chiens aux yeux tristes

chient sur des tapis persans.

On lit la presse d’Hersant,

la version qui rassure,

fait du Prince et diktats durs.

C’est une ville

pareille à une île

qui s’enfonce dans la mer

comme un étron aux waters.

Relents de vieil empire,

c’est comme la mort,

en pire.

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