Booba… le Détesté. Il est, avec Rohff, un des deux énormes vendeurs de disques de rap ; pour être détesté c’est une bonne raison. Mais pourquoi à ce point ? Parce qu’il nargue, il frime et il se rit de la concurrence, en plus. Citons “Clio sur le poignet, BM autour du cou”, “c’est moi qui vend le plus, à ce que je sache”, “rappeur, toi qui débutes/ : je vends des disques pour prendre congé et baiser des putes” et “je suis le meilleur, je partirai peut-être le premier” pour bien montrer que nous avons là un individu égo-centré, avide et qui fait mine d’être désintéressé par la musique comme un art (mine car ses morceaux sont de parfaite facture). J’offre cette dernière citation pour hérisser les poils de nos lecteurs : “je suis meilleur que Molière”. Ne vous en faites pas Booba n’est rien face à Molière, je ne vais pas faire une liste d’arguments pour soutenir cette évidence : le poids de l’Histoire suffira malgré que je puisse en citer un millions d’autres.
Néanmoins le roi du mont Tallac a quelques punchlines qui valent le détour… avant d’étudier un texte entier en voici quelques unes : “J’ai grandis et suis mort en silence/ crucifié sur une caravelle sous l’œil éternel d’une étoile filante”, “je suis flamme, déflagration, arme/ : un drame national” et “c’est dans le foie gras qu’ils étouffent, c’est dans le riz qu’on flâne/ c’est sur le béton qu’on pousse, c’est à Fleury qu’on fane”… joli, non ?
Maintenant passons à izi monnaie qui est un morceau de son dernier album, 0.9 :
Rien d’idyllique parcours peu agréable/ Lyrics tout droit sortis du cul du diable (charmante source d’inspiration)/Timal/, je sais où tu as mal car je sais ou je frappe/ Paname là où je squatte /l’pare-balle est sous l’imperméable/ J’ai fais coulé le sang, j’ai fais coulé le champagne/ T’es nouveau dans le game j’suis riche depuis le franc man/ L’argent fait le bonheur j’en reste convaincu/ Jesuis venu tranquille j’ai vu, j’ai vaincu/ Ne confond pas le météore et les astéroïdes/ Sur les murs du comico ma clique est sur polaroid /Chaque fois que j’sors de l’ascenseur j’effraie la voisine / Drug Dealer, double D mon tour de poitrine / Toujours prendre le large/ Négro je prends de l’âge /Elle me court après, je cours après le cash/ On ne ma jamais dit ce que j’allais devenir/ Que mes démons fuiraient mais qu’ils allaient revenir/ Viens dans mon département/Faire de l’argent facile pourquoi faire autrement? /J’ai vu des lingots d’or dans le périscope à bord de mon sous-marin / Madescendance est morte dans un rouleaux de sopalin/J’ai fais la guerre pour habiter Rue de la Paix / Je ne manque jamais a l’appel quand c’est le jour de la paye/ Quelques bugs dans mon cerveau
j’imagine/ Une a une mes cases s’allument comme dans Billy Jean/ J’ai rêvé que j’étais dans le boul’ d’E.V.E/ Je la baisais sans pote-ca j’avais le flo d’Easy E/ Garcimore avec un Uzi Braza Doumilouzi Stringer Bell, Marlo Stanfield Izi monnaie/ 10 000euros pour te faire fumer
étrange devis/ Le beurre, l’argent du beurre pour tartiner mes tranches de vies/ Coup de coude :/ bienvenue dans
mon hood / Sa sent la feuille de coca, le bicarbonate de soude/ Surveilles bien le ghetto, sa météo / Couvres toi ou par en coup devant/ les pieds devant/ Nouvelle école j’donne ça à l’ancienne /9.2i enseigne à frapper l’ennemi jusqu’à que phalanges saignent.
Balancé entièrement ce texte dévoile une grande partie des contradictions qui traversent l’artiste : Il a réussi à être riche mais a échoué face à ses démons, auxquels il ne peut se substituer qu’à travers l’argent, tout en les servant. L’argent… l’argent roi, l’argent omniprésent : cash, beurre, paye, franc, euros, lingots etc. L’argent sauveur et destructeur. Il se présente comme irrattrapable mais pas comme gâché : il a choisi son camp. On remarquera très vite que ce texte n’a absolument aucun fil. Et qu’à la lecture il est absolument désagréable. C’est que Booba a privilégié la forme au contenu, par exemple : Garcimore avec un Uzi Maza Doumilouzi, Stringer Bell, Marlo Stanfield Izi monnaie… Quézaco ? C’est une suite de noms propres qui résume l’esprit de ces paroles : C’est sans transition, presqu’illisible, mais à l’oreille ça passe pour une prouesse de prononciation hors paire, si nonchalamment dite.
Booba, en 2010, c’est ça. Malgré quelques pit-bull ou fœtus il ne se départit pas de cette incohérence, et il ne doit la bonne tenue de ses morceaux qu’à son flow et aux instrumentales… Nous continuerons à l’écouter pour cette maîtrise avérée que ponctuent des fulgurances mais, textuellement, nous n’en attendons plus rien de bon… Je crains que cette conclusion soit moins laudative que celle de Seth Gueko… Nous attendons Lunatic avec impatience, album qu’il a prédit comme les meilleurs morceaux de sa carrière. En sachant son don pour le marketing et la déception que fut 0.9. Et puis :
Nu le nez : Prault, fêtant son pays ! disaient Ping et Pong.
Pour rattraper cet affligeant constat le prochain texte sera d’Alkpote : préparez les seaux à vomi.












