La Revue Poétique :

Archive pour la catégorie ‘Pensées’

Booba.

Dans Le rap par Hippocampe Noir le août 11, 2010 à 1:17

Booba, légèrement stylisé

Booba… le Détesté.  Il est, avec Rohff, un des deux énormes vendeurs de disques de rap ; pour être détesté c’est une bonne raison. Mais pourquoi à ce point ? Parce qu’il nargue, il frime et il se rit de la concurrence, en plus. Citons “Clio sur le poignet, BM autour du cou”, “c’est moi qui vend le plus, à ce que je sache”, “rappeur, toi qui débutes/ : je vends des disques pour prendre congé et baiser des putes” et “je suis le meilleur, je partirai peut-être le premier” pour bien montrer que nous avons là un individu égo-centré, avide et qui fait mine d’être désintéressé par la musique comme un art (mine car ses morceaux sont de parfaite facture). J’offre cette dernière citation pour hérisser les poils de nos lecteurs : “je suis meilleur que Molière”. Ne vous en faites pas Booba n’est rien face à Molière, je ne vais pas faire une liste d’arguments pour soutenir cette évidence : le poids de l’Histoire suffira malgré que je puisse en citer un millions d’autres.

Néanmoins le roi du mont Tallac a quelques punchlines qui valent le détour… avant d’étudier un texte entier en voici quelques unes : “J’ai grandis et suis mort en silence/ crucifié sur une caravelle sous l’œil éternel d’une étoile filante”, “je suis flamme, déflagration, arme/ : un drame national” et  “c’est dans le foie gras qu’ils étouffent, c’est dans le riz qu’on flâne/ c’est sur le béton qu’on pousse, c’est à Fleury qu’on fane”… joli, non ?

Maintenant passons à izi monnaie qui est un morceau de son dernier album, 0.9 :

Rien d’idyllique parcours peu agréable/ Lyrics tout droit sortis du cul du diable (charmante source d’inspiration)/Timal/, je sais où tu as mal car je sais ou je frappe/ Paname là où je squatte /l’pare-balle est sous l’imperméable/ J’ai fais coulé le sang, j’ai fais coulé le champagne/ T’es nouveau dans le game j’suis riche depuis le franc man/ L’argent fait le bonheur j’en reste convaincu/ Jesuis venu tranquille j’ai vu, j’ai vaincu/ Ne confond pas le météore et les astéroïdes/ Sur les murs du comico ma clique est sur polaroid /Chaque fois que j’sors de l’ascenseur j’effraie la voisine / Drug Dealer, double D mon tour de poitrine / Toujours prendre le large/ Négro je prends de l’âge /Elle me court après, je cours après le cash/ On ne ma jamais dit ce que j’allais devenir/ Que mes démons fuiraient mais qu’ils allaient revenir/ Viens dans mon département/Faire de l’argent facile pourquoi faire autrement? /J’ai vu des lingots d’or dans le périscope à bord de mon sous-marin / Madescendance est morte dans un rouleaux de sopalin/J’ai fais la guerre pour habiter Rue de la Paix / Je ne manque jamais a l’appel quand c’est le jour de la paye/ Quelques bugs dans mon cerveau

j’imagine/ Une a une mes cases s’allument comme dans Billy Jean/ J’ai rêvé que j’étais dans le boul’ d’E.V.E/ Je la baisais sans pote-ca j’avais le flo d’Easy E/ Garcimore avec un Uzi Braza Doumilouzi Stringer Bell, Marlo Stanfield Izi monnaie/ 10 000euros pour te faire fumer

"J'étais dans le boul' d'EVE, je la baisais sans pote-ca"

étrange devis/ Le beurre, l’argent du beurre pour tartiner mes tranches de vies/ Coup de coude :/ bienvenue dans

mon hood / Sa sent la feuille de coca, le bicarbonate de soude/ Surveilles bien le ghetto, sa météo / Couvres toi ou par en coup devant/ les pieds devant/ Nouvelle école j’donne ça à l’ancienne /9.2i enseigne à frapper l’ennemi jusqu’à que phalanges saignent.

Balancé entièrement ce texte dévoile une grande partie des contradictions qui traversent l’artiste : Il a réussi à être riche mais a échoué face à ses démons, auxquels il ne peut se substituer qu’à travers l’argent, tout en les servant. L’argent… l’argent roi, l’argent omniprésent : cash, beurre, paye, franc, euros, lingots etc. L’argent sauveur et destructeur. Il se présente comme irrattrapable mais pas comme gâché : il a choisi son camp. On remarquera très vite que ce texte n’a absolument aucun fil. Et qu’à la lecture il est absolument désagréable. C’est que Booba a privilégié la forme au contenu, par exemple : Garcimore avec un Uzi Maza Doumilouzi, Stringer Bell, Marlo Stanfield Izi monnaie… Quézaco ? C’est une suite de noms propres qui résume l’esprit de ces paroles : C’est sans transition, presqu’illisible, mais à l’oreille ça passe pour une prouesse de prononciation hors paire, si nonchalamment dite.

Lunatic

Booba, en 2010, c’est ça. Malgré quelques pit-bull ou fœtus il ne se départit pas de cette incohérence, et il ne doit la bonne tenue de ses morceaux qu’à son flow et aux instrumentales… Nous continuerons à l’écouter pour cette maîtrise avérée que ponctuent des fulgurances mais, textuellement, nous n’en attendons plus rien de bon… Je crains que cette conclusion soit moins laudative que celle de Seth Gueko…  Nous attendons Lunatic avec impatience, album qu’il a prédit comme les meilleurs morceaux de sa carrière. En sachant son don pour le marketing et la déception que fut 0.9. Et puis :

Nu le nez : Prault, fêtant son pays ! disaient Ping et Pong.

Pour rattraper cet affligeant constat le prochain texte sera d’Alkpote : préparez les seaux à vomi.


Incantations dans Bleach.

Dans Le manga par Hippocampe Noir le juillet 29, 2010 à 3:06

Pour entamer ce dossier Manga voilà qui peut donner envie aux lecteurs du Nouvel Hippocampe de s’y intéresser : il s’agit d’ incantations que les personnages nommés shinigamis (dieux/esprits de la mort) scandent dans le manga Bleach de Tite Kubo afin d’utiliser ce que l’on pourrait appeler un sort nécromant (le kîdo) :

#31 : Shakka hō (canon rouge) :

Ô vous Seigneur, Masque de Sang et de Chair, Toute Création, Battement d’Ailes. Ô vous qui portez le Nom d’Hommes, Enfer et Pandémonium, Barrière d’Eau Envahissante, Marche vers le Sud!

#33 : Sōkatsui (mur de flammes/flammes bleues) :

Ô vous Seigneur, Masque de Chair et d’Os, Toute Création, Battement d’Ailes. Ô vous qui Portez le nom d’Hommes, Vérité et Tempérance, Au-Dessus du Pur Mur des Rêves, Déchainez mais pas plus que le Nécessaire, la Furie de vos Griffes.

#63 : Raikōhō (canon de foudre hurlante) :

Dispersés sur des Os de Bêtes. Tour Effilée, Cristal Écarlate, Anneau de Fer. Bougez et Devenez le Vent, Arrêtez et Devenez le Calme. Le Son de Lances Guerrières Rempli le Château Déserté.

#63 : Sōren Sōkatsui (mur de flammes du double lotus) :

Masque de Sang et de Chair, Toute Création, Battement d’Ailes, Ô Vous qui Portez le Nom d’Hommes. Sur le Mur d’une Flamme Bleue, Inscrivez un Double Lotus. Dans les Abysses du Brasier, Attendez dans les Lointains Paradis.


#2 : Kagizaki :

I

Ô Toi dans l’Au-Delà ! L’Avarice a La Teinte du Cuivre Et voudrait contrôler Les 36 Degrés ! Les 72 Paires d’Illusions ! Les 13 Paires de Cors de Chasse ! La Main Droite du Singe attrape les Étoiles ! Embrassé Par les 25 Cercles du Soleil, Le Berceau de Sable se met à Saigner.

II(incomplète)

Les Connexions des Trois Moineaux et des Quatre Dragons sont détruites dans les Cinq Directions, Sans pouvoir se replier ne serait-ce que de Six Ri… Le Vent Céleste… Les Orang-Outans… La Cuillère… La Cane en Bois d’Orme… S’approcher de l’Obscurité Sans fouler aux Pieds les Mille Piles de Cendres et les Mille Formes de Sagesse… Le Compte des Nuages Blancs du Ciel…

#9 : Geki :

Détruis-Toi, Ô Chien Noir de Rondanini ! Lis, Enflamme-Toi et puis Dévore Ta Propre Gorge !

#58 : Kakushi Tsuijaku (moineau suiveur de traces) :

Le Cœur au Sud, les Yeux au Nord, le Bout des Doigt à l’Ouest, les Talons à l’Est… Ô Vent, Souffle et Rassemble ! Ô Pluie, Tombe et Efface !

#61 : Riku Jôkôrô : (flash à six branches) :

Charriot de Tonnerre. Engrenage des Roues. La Lumière, Divisez la en Six.

#75 : Gochutekkan : (quintet de piliers de fer)

Ô Murs de Limaille, Pagode de Prêtres Vêtus de Lames Brûlantes, Lumineuses Lucioles de Fer, Braves et Silencieuses Jusqu’à la Fin.

#77 : Teitenkûra (prunelle aérienne grimpant dans le ciel) :


Fils Noirs et Blancs ! 22 Ponts Géants ! 66 Couronnes et Ceintures ! Traces de Pas, Tonnerre Grondant au Loin, Pluie Drue, Terre Tournante, Soir Tombant, Mer de Nuages, Colonne Bleue de l’Armée… Formez une Sphère et Envolez-Vous Vers les Cieux !

Voici pour les incantations connues et traduites. C’est beau, n’est-ce pas ? C’est japonais, c’est du manga. C’est poétique ? Pas qu’un peu ! Ces descriptions nominales d’apocalypse et de lumières ! Il y a là le lyrisme oriental. Et ce sera notre angle de vue concernant ce dossier : ce qu’un manga a d’esthétique  et quelle est sa part d’art. Et ce très prochainement.

Mister You et Seth Gueko.

Dans Le rap par Hippocampe Noir le juillet 25, 2010 à 9:18

C’est donc avec lui que nous allons aborder la question de la langue, à partir de maintenant les citations vont assez fuser donc les titres des chansons ne seront pas offerts, car oubliés.

-          Mister You donc, dit ceci dans un refrain : « perdus dans le désert, y’a trop de vodka dans l’oasis ». Bien, la métaphore de la traversée du désert et reconnue mais son utilisation dans le but de la double allusion finale est, disons-le, bien jouée. Il entame ensuite un autre morceau avec « A force d’acheter ce qu’est superflu on finit par vendre c’qu’est nécessaire ». Cela ressemble à un avertissement de grand-mère mais le jeu des contraires est plaisant, c’est un chiasme cette punchline. Je ne m’attarderai pas plus sur cette petite fleur encore bourgeon et j’attends avec impatience sa sortie de maison d’arrêt de la Santé.

-          Le cas Seth Gueko… « Monte sur ma grosse verge ! », « j’ai pas l’temps de lécher ton garage à bites », “comme la chiasse j’veux m’l'a couler douce” et « dans mon slip c’est soirée boîte de nuit/ qui veut lécher mes boules à facettes ? » sont de son cru. Il se prend pour le fils caché de Jacques Mesrine mais c’est celui de Frédéric Dard ! « Son rap parle aux jeunes/, pas à ceux qui prennent la coke par le zen » et, comme occupation, « on vomit dans les décolletés de la jet-set parisienne ». Pour exposer l’ampleur de son talent tâchons de commenter ce magnifique et de jadis morceau nommé si bien : Hasta siempre :

«  [..]M’voilà, donc faut que les ouss s’amassent / Ouf à la Oussama »  est une rime plutôt riche.
« Ta go n’a plus l’étoffe d’une star lorsqu’elle lâche une perle » assassine le glamour éventuel de la petite amie de l’auditeur.
« Moi, un spécimen, de l’espèce humain/ Moi, un téci-man/ Moi, un perce hymen » suite de phrases nominatives égocentrées où téci-man, héros de Saint-Ouen l’Aumône, sort de l’ombre.
« Ce que je suis moi ? / Un iroquois, un indien/ Et même pire ou quoi, Damien8 / Mon fils c’est mon mini-moi/, sa mère c’est mon territoire » est une photo de famille réussie.

« Moi un simili roi » est aussi une belle phrase nominative. Et il nous offre un joli bout :
« Les chiens de ma horde sont hors d’eux /Les futurs morts n’ont plus de remords /On a la culture de hors-de/La culture des parkings /A part moi y’a pas de king/ Va te faire palper les parties intimes par Kimi /Ou viens dans le coliseum/ Esprit marbré, faut des gorilles énormes pour corriger l’homme /J’ai deux fois trop de haine, comment on pardonne ? [..]Demande à Rome/, les aliénés sont ceux qui ne veulent pas voir César régner avec ses araignées /La fatalité/ c’est croiser Emile Louis quand il est minuit/ Ou Fatah l’été. »  Ensuite : « […] Connais-tu le bruit d’une lame?/ Tout le monde mérite une arme au pays du mal/ Ce rap n’est que le péril d’une âme / Hanté par le cri de ma femme qui accouche sans péridurale /J’milite pour le braquage des racistes / Défonce sa cage thoracique car ils saccagent tes racines. » Et terminons :  « MASTA!! /C’est la suprématie /Un chien doit mourir comme un chien /J’aime insulter ma cible  [… ] L’anarchie c’est fumé un gare-ci a Bois d’Arcy /Ne confie pas ton arme à Narcisse /Mon âme a noirci comme celle d’un marxiste (éminemment philosophique)/Et méfie toi des mecs trop peace /Des-pee à l’instant propice, qu’ont perdu la notice. »

Avez-vous saisi ces jeux de sonorités et ces images d’une crudité inouïe, l’horreur du destin réside ici : La fatalité c’est croiser Emile Louis quand il est minuit (je n’ai pas compris pour Fatah, le Fatah peut-être, mais qu’est-ce censé dire ?).

Et vous avez remarquez ? Cette chose qui passionnait temps chez Atiq Rahimi : l’évocation. Et un des concepts de Mallarmé. Pas rien : l’art d’évoquer. “Connais-tu le bruit d’une lame?”, une lame ne fait pas de bruit, le sous-entendu s’inscrit directement dans l’esprit : “Connais-tu le bruit de la chair percée et découpée?”. Notez, qu’en fond, l’interprète produit vocalement ce son de pré-charnier. Non, vraiment : ce n’est pas rien. Bref, Seth Gueko est un enchantement de violence qu’il est bon d’écouter pour comprendre tout l’enjeu de la possession d’un vrai champ lexical.

Voilà pour la première partie de ce dossier spécial rap sur le Nouvel Hippocampe. Suivront les textes d’autres rappeurs jusqu’à aboutir à notre réponse quant au rapport entre le rap français et la littérature.

Les univers invoqués.

Dans Le rap par Hippocampe Noir le juillet 25, 2010 à 9:12

Et venons-en au style. Au style dans le rap.Ici nous éviterons de théoriser le style en général, rien n’arrête le Nouvel Hippocampe et nous le ferons plus tard, laissons cela à Julien Gracq et à Barthes en attendant. Non, je vais simplement dire qu’il faut un univers invoqué et un choix de langage. En entendant la tribu comme notre génération, reprenons cet alexandrin de Stéphane Mallarmé : Donner un sens plus pur au mot de la tribu.

Voilà le premier travail du styliste en rap : faire des phrases en incluant les mots et expressions de sa tribu.

Le deuxième travail consiste à prendre sa part de l’imaginaire de cette tribu.

Le rap parlant sans arrêt de hall, de mitard, de trafic, d’enculage de flics et de numéro de départements il sera facile de sortir du lot. Et pourtant nul ne le fait sauf trois, si je ne m’abuse.

Procédons par ordre en énumérant les univers invoqués, de manière modeste :

-          Booba, aux quelques lieux communs, a ajouté les diamants, les putes à volonté, les immenses voitures et ramena le reste des rappeurs au tiers-état en se nominant duc de Boulogne. Il poussa la vulgarité jusqu’à appeler « vieux cons » les pères si respectés de ses auditeurs. Il sera également un des premiers rappeurs à détailler son pénis.

-          Diam’s amena son regard de fille, et sa haine des michetonneuses et son envie de trouver un  mec mortel . Quelque chose d’enfantin et de maternel qui changea la donne.

-          Nessbeal ajouta la misère, un pessimisme sans remède. Il avait, dans la mélodie des briques, une maîtrise de la laideur allusive à la charogne baudelairienne. Sans nul doute Ne2s aurait donné comme titre à un morceau : Les amours décomposés.

-          Keny Arkana apporta Olivier Besancenot.

-         Salif… Salif le polémiste. Un flow énergique et comme la parole d’un grand frère blasé qui dit « Fais c’que t’as à faire ». Evoquant les conséquences mais les évoquant seulement. Un rap qui s’assume non performatif, décalé. Certes un rap des Hauts-de-Seine, mais un rap solitaire avec, oui : une mystique et une mentale.

-       Sefyu, en matière de mystique, plafonne. Il réussit à faire du rap conscient mais avec une méthode… pour le moins bizarre. La vie qui va avec est un excellent morceau (sans Kuamen) qui interroge assez. Je crois que ce que l’on peut dire de lui, et il s’en proclame, c’est que c’est un homme à questions.

-          Flashback : Sniper apporta l’hétérogénéité vocale, après les groupes de l’ « antiquité ».

-         Rockin’squat, bref flashback, fut aussi un mystique, qui deviendra paranoïaque, dont les morceaux sont, comme il le dit : connectés au cosmique. Touche d’espoir (l’album) est juste un chef d’œuvre. Ce qu’il amena au rap ? La Nature, l’immense !

-          Nous finirons ce tour arbitraire des « gros » du rap par trois phénomènes, le premier : je nomme Seth Gueko ! Blex ! Stedededex ! et toute une série d’onomatopées signifiant déflagration, gargarisme, crachat ou vomissure ! Seth Gueko a apporté le patois au rap, le reblochon, le coulommiers et les tracteurs. En fait, sa part de l’imaginaire c’est la mythologie cinématographique de la truanderie. Enrobée dans, je vous le dis, l’argot des meilleurs polars !

-          Alkpote est à dissocier de Nessbeal, si le second a choisi la misère, le premier, qui est compère de Seth Gueko chez Neochrome6, a choisi le sordide, la fellation à gogo et beaucoup de whisky. C’est un gros dégueulasse, dans la lignée de Freko Ding et il est très bon dans ce rôle, qui n’en est, je crois, pas un.

-          Médine a apporté le rap journalistique, la parole des peuples, le fardeau de la justice et la flamme révolutionnaire. Mais surtout : la provocation utile et maitrisée. Un rap conscient/agressif, si je tends la joue c’est pour mieux te mordre.

-         Mister You… Est-il seulement célèbre de par sa cavale, au fond ? Discutons-en : qu’a-t’il apporté aux thèmes de base préliminaires à cette liste ? Rien.

Le flow.

Dans Le rap par Hippocampe Noir le juillet 25, 2010 à 8:56

Qu’est-ce que le flow ? L’art de prononcer, la scansion accordée au métronome : un rugissement aux décibels millimétrés. Le flow a une première utilité : porter le texte, car ce n’est pas du Mallarmé, malheureusement, et, sinon lors d’allitérations, tout cela n’est pas très musical. Pour prouver mes dires je propose au lecteur de filer un coup d’œil au titre salamaleykoum de Rohff, dont le texte fut publié avant la sortie du morceau ; les fans  n’ont pas tout compris :

Toi pour le fun, moi: pour tous vous mettre à l’amende
J’blanchis mon vécu et fais tapiner les secondes
Des biatchs aux filles biens, ne désamorce que des bombes

Aucune rime décelable, qu’une vague succession d’affirmations guerrières et de pure fatuité, ô de pure vacuité aussi !  Les connaisseurs diront : « ouais, mais si tu cites Rohff… »- et alors ? Il ne fait pas de rap ?

Donc une musicalité indigente à la lecture, le flow sert à la pallier. Et à l’écoute de salamaleykoum les rimes s’éclaircissaient. Pas le morceau mais bref, passons : le flow sert à ça : à faire rimer des assonances et à faire rentrer sur un même temps une phrase de dix lignes ou de deux. Et l’on se met à chanter des paroles débiles, nous lecteurs de Théophraste et de Tolstoï, pourquoi ? Parce que c’est bien fait. Et que nous aimons ce qui est bien fait.

Le flow, après, on n’en fait ce que l’on veut, ça s’appelle la technique :

-           Il est sympathique de rapper extrêmement vite,  au seuil de l’inaudible, de s’arrêter brusquement, de laisser un demi temps de pause et de repartir à sa vitesse de croisière. Tel Gims dans ça chuchote.

-          On peut aussi faire comme Soprano dans halla halla ou darwa et, toujours à une vitesse dingue, réciter une longue allitération avec une voix aigüe, tel un furet au coeur la ruée.

-          Ou tel un gros et aboulique roi de la jungle se balader lentement, d’où la nonchalance de Booba dans Garcimore. La critique dira ce qu’elle voudra mais faire un morceau qui tient l’auditeur avec cette lenteur de flow seul lui en est capable (mis à part le refrain de 500 ans de Rockin’squat).

-          Mais le flow n’est pas que le rythme, c’est aussi l’intonation ; nous pouvons rugir (balistique, balistique/ beng beng !) et miauler (la puissance de ma team !) comme Mac Tyer dans d’où je viens.

-          Le rap français a su également adapter le roulement de mots à l’américaine, peu comparable à celui qui filait le long des discours de De Gaulle. Plus adapté au dirty south.

Parlons en, vite avant de finir, de ce dirty… certains trouve cela nul par définition, d’autre ne jure que par ça. Pour faire court : le dirty c’est la basse au synthé qui semble le bruit de moteur d’une tronçonneuse, quelques sirènes et quelques cloches pour la mélodie et un énorme bouquet de caisses claires et de clappements de mains qui roulent régulièrement, de temps en temps on s’accordera des instruments classiques. Le tout muni parfois d’une légère transformation par rapport au temps habituels du hip hop. Ce n’est pas grand-chose mais la tendance en est bouleversée. La mélodie, parfois composée de deux notes, ne porte plus la production, c’est au tour des drums. Drums qui ne sont plus répétitifs et poussent le rappeur à se coller à leur décomposition et à tenir compte de leurs roulements, toutes les 4 ou 8 mesures, ça dépend. Le flow en est intensifié, hachés ou allongés nos fameux mots peu musicaux à l’œil deviennent un orchestre à l’oreille. Le dirty south est le meilleur ami des grands performants question flow. Il ne change rien pour les chercheurs de style.

L’avènement de la nouvelle école.

Dans Le rap par Hippocampe Noir le juillet 25, 2010 à 8:37

Ensuite je n’ai plus lâché l’affaire et je me suis tenu au courant de tout ce que le rap construisait, au grand dam des autres styles et je le regrette.

Comme dit précédemment l’année 2000 était l’année des noms, on fit alors du rap hardcore3, de l’egotrip et du rap, donc, conscient.Et chacun avait ses maîtres : Rohff le hardcore7, Booba le roi de l’ego et Kery le sage.

Les cartes furent distribuées, des trois seigneurs allaient naître des royaumes. Je vous parle de la nouvelle ère : les hautes forteresses Iam, Ntm, Ideal J, Solaar, Lunatic et consort n’étaient plus tours d’ivoire, elles devenaient tours. Booba, prétentieux comme on l’aime, disait dans B2oba : « Ntm, Solaar, Iam/ c’est de l’antiquité », polémique et fracas… Mais, à cette époque, en novembre 2008, les trois précités étaient-ils toujours ce qu’ils étaient en 98 ? On a dit qu’il insultait, en cette punchline, les pères du rap moderne… ce qui sous-entend leur sénilité en ce milieu où l’âge minimum requis diminue d’année en année ; jusqu’à récemment les  16 ans de Still Fresh. C’est donc bien de l’antiquité. Et pour moi c’est on ne peut plus élogieux.

Maintenant revenons à nos âges : 2010. Car en 2010 le rap sait ce qu’il fait, il ne tâtonne plus. A la louche de Pantagruel séparons deux catégories : Ceux du flow et ceux de la plume.Comme ce qui nous intéresse, sur cette revue poétique, c’est la plume nous passerons vite la première catégorie en ces quelques mots :

Introduction et Si c’était à refaire.

Dans Le rap par Hippocampe Noir le juillet 25, 2010 à 8:29

Lorsque vous entendez « rap » vous pensez « nique sa mère le maire ! », je le sais. Et si vous ne pensez pas ça vous pensez Mc Solaar. Diam’s et votre troisième alternative.

Maintenant que fait-on, nous, critiques d’un art à part entière et majeur (je contredis ici le grand Gainsbourg) : la musique ? Va-t-on voir de près et tenter de nuancer ces trois alternatives ou fuit-on de peur d’en choper des ulcères1 ?

Comme nous sommes des bonshommes nous allons au charbon, kalash à la main, sur ce terrain dangereux où fusent les punchlines perdues.

Pour moi tout est facile : le rap je l’ai découvert en 1998 sur une compilation qui réunissait sexe, violence, rap et flooze de Busta Flex et sérieux dans nos affaires de Rockin’squat… Je ne parlerai pas du coup de foudre auquel je ne crois guère mais d’une révélation car de petit enfant marmonnant Santiano aux cœurs des foules cruelles me voici vociférant :

[…]J’crèche/ dans le neuf trois où les jeunes parlent de gun de caisses/ d’espèces/ de marie jeanne sèche/ allumée sous le porche/ on garde la pêche même avec des trous dans nos poches […] Et les bras en avant, l’index prépondérant, je concluais par ce magnifique : Ouesh (ou ouaich) !

Ma vie n’était plus la même. Finis les chevaux dans la prairie, le lapin armé d’une carabine, le fameux trois mâts et les violons qui tournent ! Place à la révolte, au bitume et au shit. On peut faire de la Musique avec ces éléments : vingt ans que ça dure. La musique reste de  la Musique.

Puis je découvris si c’était à refaire de Kery James, en 2001, peut-être mon unique souvenir impérissable. Le changement ? Kery James, sur cet album accouché de la douleur, a su réinventer le rap : J’veux changer le rap/ autrement dit le rap j’vais l’changer/ Et pourquoi ? Là Kery, solennel, scrupuleux frère aîné de sa génération, répond : Parce-que le rap a mis trop de nos petits re-frès en danger/ parce-que trop d’inconscients s’emparent du micro… Et ? En cette phrase le Mc2 ramène à la terre ferme tout un mouvement majeur et naissant de sa branche musical :

Et semblent ignorer la douleur de nos ghettos.

C’est ici même que l’authenticité des rappeurs commence à être mise en doute mais, surtout, c’est ici-même que naît le rap conscient – je sais ! Je sais : La majorité du rap, d’Iam en passant par Ntm pour aller à Ali de Lunatic sans oublier Rohff et sa génération sacrifiée, fut du rap conscient jusque vers les années 2000. Seulement il n’était pas nommé comme tel : nul n’avait conçu la totalité d’un album conscient ; ça y allait, sur chaque maxi, de son egotrip, de sa fiction, de sa morale etc. et chaque morceau avait sa part. Mais pas un album entier de chaque :

Booba s’essayait à l’egotrip avec Rohff, Oxmo Puccino balançait une fiction de ci de là, on chantonnait aussi… C’était les années laboratoires, tout le monde s’entendait sur le terme seul de rap.

Et Kery dit conscient…

Un rap qui ne fait pas que réfléchir à sa forme et à son fond mais aussi à l’impact qu’il peut avoir sur les auditeurs : un rap qu’un journaliste politique appellerait performatif.

Voilà ce que si c’était à refaire apporta à la pensée hip-hop. Mais le chef d’œuvre ne s’arrêtait pas là et puisait sa totale originalité également du côté de ses instrumentales. De puissantes mélodies ; à l’oreille : un bijou d’orge ou un bonbon de rubis, choisissez. En ne prenant que les instruments nous sortions du schéma classique piano pour la mélodie, guitare ou violon pour l’accompagnement et grosses caisses pour les drums (apparition des clappements de mains) pour nous retrouver avec une épuration jamais vue auparavant ; quelques notes de synthé disséminées, c’était tout. Ce qui donnait vie c’était les chœurs, les voix et les murmures. Nulle répétition d’un sample bien trouvé, que des chants en perpétuelle évolution vers des cimes, des bouquets musicaux ! Qui n’a pas ressentit ce frisson des Carpates à l’ouïe de cessez le feu ? Immaculé morceau de sagesse des bidonvilles que ce titre ! Le retentissement est cosmique : La mort ne prévient pas mais elle contraint/ universelle/ aucun n’être humain ne s’en abstient.

Ceci s’adresse à trois loubards armés jusqu’aux dents parce que la sœur d’Alfred a couché avec Fouad du quartier voisin et que Fouad, ayant forcé sur tout ce qui drogue, a jeté la psp de Chris par la fenêtre du quarante-sixième étage et que la mère de Fred l’a reçue sur la tête… en espérant qu’ils comprendront.

Ils n’ont sûrement pas compris mais le souci de prévention de l’artiste est louable ; Fouad en a tenu compte et est allé s’excuser, mais c’était un guet-apens. La rue est cruelle. Est c’est ce que si c’était à refaire a voulu démontrer, puis changer.

Je ne sais s’il a changé la rue, chose qu’il n’annonce pas dans l’album, mais il a bel et bien changé le rap. Prédiction accomplie.

 

Lorsque vous entendez « rap » vous pensez « nique sa mère le maire ! », je le sais. Et si vous ne pensez pas ça vous pensez Mc Solaar. Diams et votre troisième alternative.

Maintenant que fait-on, nous, critiques d’un art à part entière et majeur (je contredis ici le grand Gainsbourg) : la musique ? Va-t-on voir de près et tenter de nuancer ces trois alternatives ou fuit-on de peur d’en choper des ulcères1 ? Comme nous sommes des bonshommes nous allons au charbon, kalash à la main, sur ce terrain dangereux où fusent les punchlines perdues.

Pour moi tout est facile : le rap je l’ai découvert en 1998 sur une compilation qui réunissait sexe, violence, rap et flooze de Busta Flex et sérieux dans nos affaires de Rockin’squat… Je ne parlerai pas du coup de foudre auquel je ne crois guère mais d’une révélation car de petit enfant marmonnant Santiano aux cœurs des foules cruelles me voici vociférant :

[…]J’crèche/ dans le neuf trois où les jeunes parlent de gun de caisses/ d’espèces/ de marie jeanne sèche/ allumée sous le porche/ on garde la pêche même avec des trous dans nos poches […] Et les bras en avant, l’index prépondérant, je concluais par ce magnifique : Ouesh (ou ouaich) !

Ma vie n’était plus la même. Finis les chevaux dans la prairie, le lapin armé d’une carabine, le fameux trois mâts et les violons qui tournent ! Place à la révolte, au bitume et au shit. On peut faire de la Musique avec ces éléments : vingt ans que ça dure. La musique reste de  la Musique.

Puis je découvris si c’était à refaire de Kery James, en 2001, peut-être mon unique souvenir impérissable. Le changement ? Kery James, sur cet album accouché de la douleur, a su réinventer le rap : J’veux changer le rap/ autrement dit le rap j’vais l’changer/ Et pourquoi ? Là Kery, solennel, scrupuleux frère aîné de sa génération, répond : Parce-que le rap a mis trop de nos petits re-frès en danger/ parce-que trop d’inconscients s’emparent du micro… Et ? En cette phrase le Mc2 ramène à la terre ferme tout un mouvement majeur et naissant de sa branche musical :

Et semblent ignorer la douleur de nos ghettos.

C’est ici même que l’authenticité des rappeurs commence à être mise en doute mais, surtout, c’est ici-même que naît le rap conscient – je sais ! Je sais : La majorité du rap, d’Iam en passant par Ntm pour aller à Ali de Lunatic sans oublier Rohff et sa génération sacrifiée, fut du rap conscient jusque vers les années 2000. Seulement il n’était pas nommé comme tel : nul n’avait conçu la totalité d’un album conscient ; ça y allait, sur chaque maxi, de son égotrip, de sa fiction, de sa morale etc. et chaque morceau avait sa part. Mais pas un album entier de chaque :

Booba s’essayait à l’egotrip avec Rohff, Oxmo Puccino balançait une fiction de ci de là, on chantonnait aussi… C’était les années laboratoires, tout le monde s’entendait sur le terme seul de rap.

Et Kery dit conscient…

Un rap qui ne fait pas que réfléchir à sa forme et à son fond mais aussi à l’impact qu’il peut avoir sur les auditeurs : un rap qu’un journaliste politique appellerait performateur.

Voilà ce que si c’était à refaire apporta à la pensée hip-hop. Mais le chef d’œuvre ne s’arrêtait pas là et puisait sa totale originalité également du côté de ses instrumentales. De puissantes mélodies ; à l’oreille : un bijou d’orge où un bonbon de rubis, choisissez. En ne prenant que les instruments nous sortions du schéma classique piano pour la mélodie, guitare ou violon pour l’accompagnement et grosses caisses pour les drums (apparition des clappements de mains) pour nous retrouver avec une épuration jamais vue auparavant ; quelques notes de synthé disséminées, c’était tout. Ce qui donnait vie c’était les chœurs, les voix et les murmures. Nulle répétition d’un sample bien trouvé, que des chants en perpétuelle évolution vers des cimes, des bouquets musicaux ! Qui n’a pas ressentit ce frisson des Carpates à l’ouïe de cessez le feu ? Immaculé morceau de sagesse des bidonvilles que ce titre ! Le retentissement est cosmique : La mort ne prévient pas mais elle contraint/ universelle/ aucun n’être humain ne s’en abstient.

Ceci s’adresse à trois loubards armés jusqu’aux dents parce que la sœur d’Alfred a couché avec Fouad du quartier voisin et que Fouad, ayant forcé sur tout ce qui drogue, a jeté la psp de Chris par la fenêtre du quarante-sixième étage et que la mère de Fred l’a reçue sur la tête… en espérant qu’ils comprendront.

Ils n’ont sûrement pas compris mais le souci de prévention de l’artiste est louable ; Fouad en a tenu compte et est allé s’excuser, mais c’était un guet-apens. La rue est cruelle. Est c’est ce que si c’était à refaire a voulu démontrer, et changer.

Je ne sais s’il a changé la rue, chose qu’il n’annonce pas dans l’album, mais il a bel et bien changé le rap. Prédiction accomplie.

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.