La Revue Poétique :

Prose de Sainte Catherine.

Dans Louis Aragon le août 12, 2010 à 2:42

Tant qu’un enfant rêvera de l’aurore, tant qu’une rose embaumera la nuit, tant qu’un coeur quelque part éprouvera le vertige, tant qu’un pas chantera sur la chaussée, tant que l’hiver quelqu’un se souviendra du printemps, tant qu’il y aura dans la tête d’un seul homme une manière de musique, et dans le silence une douceur comparable à la femme aimée, tant qu’il flottera un peu de jour sur le monde et sa destinée…
…on entendra la chanson de France.

Tant qu’il y aura dans la dernière maison de l’univers un restant de chaleur et de tendresse, tant que dans la dernière chambre humaine dévastée un bout de miroir encore se souviendra de la beauté, tant qu’une trace de pied nu attestera le passage d’un être de chair et de sang sur une plage, tant qu’un livre sera pour des yeux la porte des songeries, tant que de la cathédrale à l’audace des ponts, de la fresque à la carte postale, et de la prose de Sainte-Eulalie à la parole enregistrée d’un poète qui naîtra, toute forme de la mémoire n’aura pas été saccagée, anéantie…
…on entendra la chanson de France.

Tuesday

Tant qu’une petite fille bercera sa poupée, tant qu’on aura plaisir à Peau d’Ane ou à la Belle au bois dormant, tant que les garçons lanceront des pierres plates sur l’eau des rivières, tant qu’on s’appellera tout bonnement Marie ou Jean, tant qu’on jouera à la main chaude, aux billes, aux barres, à chat-perché, tant qu’on cachera des fèves dans la brioche au jour des Rois et qu’on fera des crêpes en carnaval, tant que les tout-petits s’essaieront à retrouver sur les pianos l’air d’Au clair de la Lune, tant qu’on dira d’Yseut, de Manon, de Nana…
…on entendra la chanson de France.

Mais surtout, mes amis, quels que soient les péripéties de l’immense troupeau, les catastrophes des continents, les aléas monstrueux de l’histoire, surtout, surtout, quelles que soient les transformations imprévisibles d’une humanité en proie aux miracles de son esprit, aux conséquences infinies de l’immense partie d’échecs qui va donner la clé de l’avenir, quels que soient les développements de ce qu’elle enfante, et l’apocalypse commencée, ô mes amis surtout, tant que s’élèvera la double harmonie aux répons merveilleurs, qui de deux noms dit tout un peuple, et c’est Jeanne d’Arc et Fabien, soyez-en sûrs, on l’entendra…
…car c’est la chanson de France.

  1. [...] A la Une ! In Non classé on août 13, 2010 at 2:49 Bébé de personne/ De l’ardeur poétique/ Prose de Sainte Catherine. [...]

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