La Revue Poétique :

Mister You et Seth Gueko.

Dans Le rap par Hippocampe Noir le juillet 25, 2010 à 9:18

C’est donc avec lui que nous allons aborder la question de la langue, à partir de maintenant les citations vont assez fuser donc les titres des chansons ne seront pas offerts, car oubliés.

-          Mister You donc, dit ceci dans un refrain : « perdus dans le désert, y’a trop de vodka dans l’oasis ». Bien, la métaphore de la traversée du désert et reconnue mais son utilisation dans le but de la double allusion finale est, disons-le, bien jouée. Il entame ensuite un autre morceau avec « A force d’acheter ce qu’est superflu on finit par vendre c’qu’est nécessaire ». Cela ressemble à un avertissement de grand-mère mais le jeu des contraires est plaisant, c’est un chiasme cette punchline. Je ne m’attarderai pas plus sur cette petite fleur encore bourgeon et j’attends avec impatience sa sortie de maison d’arrêt de la Santé.

-          Le cas Seth Gueko… « Monte sur ma grosse verge ! », « j’ai pas l’temps de lécher ton garage à bites », “comme la chiasse j’veux m’l'a couler douce” et « dans mon slip c’est soirée boîte de nuit/ qui veut lécher mes boules à facettes ? » sont de son cru. Il se prend pour le fils caché de Jacques Mesrine mais c’est celui de Frédéric Dard ! « Son rap parle aux jeunes/, pas à ceux qui prennent la coke par le zen » et, comme occupation, « on vomit dans les décolletés de la jet-set parisienne ». Pour exposer l’ampleur de son talent tâchons de commenter ce magnifique et de jadis morceau nommé si bien : Hasta siempre :

«  [..]M’voilà, donc faut que les ouss s’amassent / Ouf à la Oussama »  est une rime plutôt riche.
« Ta go n’a plus l’étoffe d’une star lorsqu’elle lâche une perle » assassine le glamour éventuel de la petite amie de l’auditeur.
« Moi, un spécimen, de l’espèce humain/ Moi, un téci-man/ Moi, un perce hymen » suite de phrases nominatives égocentrées où téci-man, héros de Saint-Ouen l’Aumône, sort de l’ombre.
« Ce que je suis moi ? / Un iroquois, un indien/ Et même pire ou quoi, Damien8 / Mon fils c’est mon mini-moi/, sa mère c’est mon territoire » est une photo de famille réussie.

« Moi un simili roi » est aussi une belle phrase nominative. Et il nous offre un joli bout :
« Les chiens de ma horde sont hors d’eux /Les futurs morts n’ont plus de remords /On a la culture de hors-de/La culture des parkings /A part moi y’a pas de king/ Va te faire palper les parties intimes par Kimi /Ou viens dans le coliseum/ Esprit marbré, faut des gorilles énormes pour corriger l’homme /J’ai deux fois trop de haine, comment on pardonne ? [..]Demande à Rome/, les aliénés sont ceux qui ne veulent pas voir César régner avec ses araignées /La fatalité/ c’est croiser Emile Louis quand il est minuit/ Ou Fatah l’été. »  Ensuite : « […] Connais-tu le bruit d’une lame?/ Tout le monde mérite une arme au pays du mal/ Ce rap n’est que le péril d’une âme / Hanté par le cri de ma femme qui accouche sans péridurale /J’milite pour le braquage des racistes / Défonce sa cage thoracique car ils saccagent tes racines. » Et terminons :  « MASTA!! /C’est la suprématie /Un chien doit mourir comme un chien /J’aime insulter ma cible  [… ] L’anarchie c’est fumé un gare-ci a Bois d’Arcy /Ne confie pas ton arme à Narcisse /Mon âme a noirci comme celle d’un marxiste (éminemment philosophique)/Et méfie toi des mecs trop peace /Des-pee à l’instant propice, qu’ont perdu la notice. »

Avez-vous saisi ces jeux de sonorités et ces images d’une crudité inouïe, l’horreur du destin réside ici : La fatalité c’est croiser Emile Louis quand il est minuit (je n’ai pas compris pour Fatah, le Fatah peut-être, mais qu’est-ce censé dire ?).

Et vous avez remarquez ? Cette chose qui passionnait temps chez Atiq Rahimi : l’évocation. Et un des concepts de Mallarmé. Pas rien : l’art d’évoquer. “Connais-tu le bruit d’une lame?”, une lame ne fait pas de bruit, le sous-entendu s’inscrit directement dans l’esprit : “Connais-tu le bruit de la chair percée et découpée?”. Notez, qu’en fond, l’interprète produit vocalement ce son de pré-charnier. Non, vraiment : ce n’est pas rien. Bref, Seth Gueko est un enchantement de violence qu’il est bon d’écouter pour comprendre tout l’enjeu de la possession d’un vrai champ lexical.

Voilà pour la première partie de ce dossier spécial rap sur le Nouvel Hippocampe. Suivront les textes d’autres rappeurs jusqu’à aboutir à notre réponse quant au rapport entre le rap français et la littérature.

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