La Revue Poétique :

Introduction et Si c’était à refaire.

Dans Le rap par Hippocampe Noir le juillet 25, 2010 à 8:29

Lorsque vous entendez « rap » vous pensez « nique sa mère le maire ! », je le sais. Et si vous ne pensez pas ça vous pensez Mc Solaar. Diam’s et votre troisième alternative.

Maintenant que fait-on, nous, critiques d’un art à part entière et majeur (je contredis ici le grand Gainsbourg) : la musique ? Va-t-on voir de près et tenter de nuancer ces trois alternatives ou fuit-on de peur d’en choper des ulcères1 ?

Comme nous sommes des bonshommes nous allons au charbon, kalash à la main, sur ce terrain dangereux où fusent les punchlines perdues.

Pour moi tout est facile : le rap je l’ai découvert en 1998 sur une compilation qui réunissait sexe, violence, rap et flooze de Busta Flex et sérieux dans nos affaires de Rockin’squat… Je ne parlerai pas du coup de foudre auquel je ne crois guère mais d’une révélation car de petit enfant marmonnant Santiano aux cœurs des foules cruelles me voici vociférant :

[…]J’crèche/ dans le neuf trois où les jeunes parlent de gun de caisses/ d’espèces/ de marie jeanne sèche/ allumée sous le porche/ on garde la pêche même avec des trous dans nos poches […] Et les bras en avant, l’index prépondérant, je concluais par ce magnifique : Ouesh (ou ouaich) !

Ma vie n’était plus la même. Finis les chevaux dans la prairie, le lapin armé d’une carabine, le fameux trois mâts et les violons qui tournent ! Place à la révolte, au bitume et au shit. On peut faire de la Musique avec ces éléments : vingt ans que ça dure. La musique reste de  la Musique.

Puis je découvris si c’était à refaire de Kery James, en 2001, peut-être mon unique souvenir impérissable. Le changement ? Kery James, sur cet album accouché de la douleur, a su réinventer le rap : J’veux changer le rap/ autrement dit le rap j’vais l’changer/ Et pourquoi ? Là Kery, solennel, scrupuleux frère aîné de sa génération, répond : Parce-que le rap a mis trop de nos petits re-frès en danger/ parce-que trop d’inconscients s’emparent du micro… Et ? En cette phrase le Mc2 ramène à la terre ferme tout un mouvement majeur et naissant de sa branche musical :

Et semblent ignorer la douleur de nos ghettos.

C’est ici même que l’authenticité des rappeurs commence à être mise en doute mais, surtout, c’est ici-même que naît le rap conscient – je sais ! Je sais : La majorité du rap, d’Iam en passant par Ntm pour aller à Ali de Lunatic sans oublier Rohff et sa génération sacrifiée, fut du rap conscient jusque vers les années 2000. Seulement il n’était pas nommé comme tel : nul n’avait conçu la totalité d’un album conscient ; ça y allait, sur chaque maxi, de son egotrip, de sa fiction, de sa morale etc. et chaque morceau avait sa part. Mais pas un album entier de chaque :

Booba s’essayait à l’egotrip avec Rohff, Oxmo Puccino balançait une fiction de ci de là, on chantonnait aussi… C’était les années laboratoires, tout le monde s’entendait sur le terme seul de rap.

Et Kery dit conscient…

Un rap qui ne fait pas que réfléchir à sa forme et à son fond mais aussi à l’impact qu’il peut avoir sur les auditeurs : un rap qu’un journaliste politique appellerait performatif.

Voilà ce que si c’était à refaire apporta à la pensée hip-hop. Mais le chef d’œuvre ne s’arrêtait pas là et puisait sa totale originalité également du côté de ses instrumentales. De puissantes mélodies ; à l’oreille : un bijou d’orge ou un bonbon de rubis, choisissez. En ne prenant que les instruments nous sortions du schéma classique piano pour la mélodie, guitare ou violon pour l’accompagnement et grosses caisses pour les drums (apparition des clappements de mains) pour nous retrouver avec une épuration jamais vue auparavant ; quelques notes de synthé disséminées, c’était tout. Ce qui donnait vie c’était les chœurs, les voix et les murmures. Nulle répétition d’un sample bien trouvé, que des chants en perpétuelle évolution vers des cimes, des bouquets musicaux ! Qui n’a pas ressentit ce frisson des Carpates à l’ouïe de cessez le feu ? Immaculé morceau de sagesse des bidonvilles que ce titre ! Le retentissement est cosmique : La mort ne prévient pas mais elle contraint/ universelle/ aucun n’être humain ne s’en abstient.

Ceci s’adresse à trois loubards armés jusqu’aux dents parce que la sœur d’Alfred a couché avec Fouad du quartier voisin et que Fouad, ayant forcé sur tout ce qui drogue, a jeté la psp de Chris par la fenêtre du quarante-sixième étage et que la mère de Fred l’a reçue sur la tête… en espérant qu’ils comprendront.

Ils n’ont sûrement pas compris mais le souci de prévention de l’artiste est louable ; Fouad en a tenu compte et est allé s’excuser, mais c’était un guet-apens. La rue est cruelle. Est c’est ce que si c’était à refaire a voulu démontrer, puis changer.

Je ne sais s’il a changé la rue, chose qu’il n’annonce pas dans l’album, mais il a bel et bien changé le rap. Prédiction accomplie.

 

Lorsque vous entendez « rap » vous pensez « nique sa mère le maire ! », je le sais. Et si vous ne pensez pas ça vous pensez Mc Solaar. Diams et votre troisième alternative.

Maintenant que fait-on, nous, critiques d’un art à part entière et majeur (je contredis ici le grand Gainsbourg) : la musique ? Va-t-on voir de près et tenter de nuancer ces trois alternatives ou fuit-on de peur d’en choper des ulcères1 ? Comme nous sommes des bonshommes nous allons au charbon, kalash à la main, sur ce terrain dangereux où fusent les punchlines perdues.

Pour moi tout est facile : le rap je l’ai découvert en 1998 sur une compilation qui réunissait sexe, violence, rap et flooze de Busta Flex et sérieux dans nos affaires de Rockin’squat… Je ne parlerai pas du coup de foudre auquel je ne crois guère mais d’une révélation car de petit enfant marmonnant Santiano aux cœurs des foules cruelles me voici vociférant :

[…]J’crèche/ dans le neuf trois où les jeunes parlent de gun de caisses/ d’espèces/ de marie jeanne sèche/ allumée sous le porche/ on garde la pêche même avec des trous dans nos poches […] Et les bras en avant, l’index prépondérant, je concluais par ce magnifique : Ouesh (ou ouaich) !

Ma vie n’était plus la même. Finis les chevaux dans la prairie, le lapin armé d’une carabine, le fameux trois mâts et les violons qui tournent ! Place à la révolte, au bitume et au shit. On peut faire de la Musique avec ces éléments : vingt ans que ça dure. La musique reste de  la Musique.

Puis je découvris si c’était à refaire de Kery James, en 2001, peut-être mon unique souvenir impérissable. Le changement ? Kery James, sur cet album accouché de la douleur, a su réinventer le rap : J’veux changer le rap/ autrement dit le rap j’vais l’changer/ Et pourquoi ? Là Kery, solennel, scrupuleux frère aîné de sa génération, répond : Parce-que le rap a mis trop de nos petits re-frès en danger/ parce-que trop d’inconscients s’emparent du micro… Et ? En cette phrase le Mc2 ramène à la terre ferme tout un mouvement majeur et naissant de sa branche musical :

Et semblent ignorer la douleur de nos ghettos.

C’est ici même que l’authenticité des rappeurs commence à être mise en doute mais, surtout, c’est ici-même que naît le rap conscient – je sais ! Je sais : La majorité du rap, d’Iam en passant par Ntm pour aller à Ali de Lunatic sans oublier Rohff et sa génération sacrifiée, fut du rap conscient jusque vers les années 2000. Seulement il n’était pas nommé comme tel : nul n’avait conçu la totalité d’un album conscient ; ça y allait, sur chaque maxi, de son égotrip, de sa fiction, de sa morale etc. et chaque morceau avait sa part. Mais pas un album entier de chaque :

Booba s’essayait à l’egotrip avec Rohff, Oxmo Puccino balançait une fiction de ci de là, on chantonnait aussi… C’était les années laboratoires, tout le monde s’entendait sur le terme seul de rap.

Et Kery dit conscient…

Un rap qui ne fait pas que réfléchir à sa forme et à son fond mais aussi à l’impact qu’il peut avoir sur les auditeurs : un rap qu’un journaliste politique appellerait performateur.

Voilà ce que si c’était à refaire apporta à la pensée hip-hop. Mais le chef d’œuvre ne s’arrêtait pas là et puisait sa totale originalité également du côté de ses instrumentales. De puissantes mélodies ; à l’oreille : un bijou d’orge où un bonbon de rubis, choisissez. En ne prenant que les instruments nous sortions du schéma classique piano pour la mélodie, guitare ou violon pour l’accompagnement et grosses caisses pour les drums (apparition des clappements de mains) pour nous retrouver avec une épuration jamais vue auparavant ; quelques notes de synthé disséminées, c’était tout. Ce qui donnait vie c’était les chœurs, les voix et les murmures. Nulle répétition d’un sample bien trouvé, que des chants en perpétuelle évolution vers des cimes, des bouquets musicaux ! Qui n’a pas ressentit ce frisson des Carpates à l’ouïe de cessez le feu ? Immaculé morceau de sagesse des bidonvilles que ce titre ! Le retentissement est cosmique : La mort ne prévient pas mais elle contraint/ universelle/ aucun n’être humain ne s’en abstient.

Ceci s’adresse à trois loubards armés jusqu’aux dents parce que la sœur d’Alfred a couché avec Fouad du quartier voisin et que Fouad, ayant forcé sur tout ce qui drogue, a jeté la psp de Chris par la fenêtre du quarante-sixième étage et que la mère de Fred l’a reçue sur la tête… en espérant qu’ils comprendront.

Ils n’ont sûrement pas compris mais le souci de prévention de l’artiste est louable ; Fouad en a tenu compte et est allé s’excuser, mais c’était un guet-apens. La rue est cruelle. Est c’est ce que si c’était à refaire a voulu démontrer, et changer.

Je ne sais s’il a changé la rue, chose qu’il n’annonce pas dans l’album, mais il a bel et bien changé le rap. Prédiction accomplie.

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